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Comment lutter contre l’islamo-fascisme – Extrait du Blog Noël Mamère

Extrait du Blog de Noël Mamère

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Panneau d’une manifestante, le 11 janvier 2015, place Léon-Blum, Paris 11e (Thierry Noisette/Rue89)

 

Si le 7 janvier 2015 restera pour longtemps dans notre mémoire collective comme un moment d’effroi et d’impuissance, le 11 janvier est entré dans l’histoire de la France par la grande porte de la fraternité citoyenne.

Au-delà de leurs différences, quatre millions de femmes, d’hommes et d’enfants ont battu le pavé de leurs villes et de leurs villages au nom de valeurs que nous croyions tombées en désuétude. C’est une bonne nouvelle et un formidable message d’espérance. La France des sangs mêlés, des quartiers populaires et des bobos, des jeunes et des vieux, de ceux qui croient au Ciel et des athées, a crié son désir de liberté, de refus de la haine et son besoin de vivre ensemble.

Nous ne pouvons que nous en réjouir, même si ce sursaut cache bien des ambiguïtés et ne règle rien sur le fond.

A commencer par cette parade des puissants, organisée par le gouvernement, où l’on a vu défiler des personnages peu recommandables contre lesquels nous avons si souvent manifesté, au même endroit, pour dénoncer leurs atteintes aux libertés et aux droits de l’Homme.

Mais devant une société tout entière unie autour de ses valeurs essentielles, descendue dans la rue pour dire « je suis Charlie », au-delà de ses différences religieuses, sociales, politiques ou de ses couleurs de peau, ce quarteron d’infréquentables ne pesait pas lourd.

Toute la question est maintenant de savoir si cette résistance du 11 janvier ne restera qu’un moment de notre histoire ou si elle incarne un tournant ?

Si l’on ne redonne pas d’urgence toute leur place à la réflexion, au raisonnement, à la politique, le réveil risque d’être brutal en révélant les fractures béantes de la société française.

Refuser les réponses simplistes

Le premier sentiment devant cette double exécution, collective et de sang froid, de journalistes, de policiers et de juifs, a été l’horreur, bien sûr, la sidération, puis l’incompréhension. Se lamenter n’est pas une réponse. Il s’agit de comprendre comment un évènement aussi énorme a pu intervenir. C’est pourquoi il nous faut refuser les réponses simplistes ou simplificatrices, qu’elles soient psychologisantes ou essentialistes.

Les premières reposent sur la transformation de ces assassins en fous irresponsables. C’est dénier à ces auteurs d’actes barbares, leurs convictions et leurs parcours. Ce n’est pas parce qu’un acte semble fou que la personne qui le commet le devient ipso facto.

D’autres, en d’autres temps et d’autres lieux, ont transformé leurs prochains en des êtres abstraits qu’il fallait abattre comme des animaux au nom d’idéaux pervertis. Ces assassins ne sont pas irresponsables, ils sont des membres d’un courant politique précis qu’il faut appeler par son nom : l’islamo-fascisme.

Nous avons trop longtemps refusé de nommer ce courant au prétexte de la remise en cause générale de l’islam. Or, la vérité est que la population musulmane est aussi diverse que les communautés chrétiennes ou juives. De même qu’il y a un courant intégriste et fascisant dans la chrétienté ou un courant judéo-fasciste, il existe un courant islamo-fascisme, même s’il reste très minoritaire dans l’islam. Combattre ce courant et l’éradiquer, comme l’a été en son temps le nazisme, est une tâche politique nécessaire.

Un piège grossier

La réponse essentialiste considère que l’acte criminel est inscrit dans les gènes d’une religion, l’islam, et que les fidèles qui s’en réclament sont potentiellement des terroristes. Cette réponse est précisément ce qu’attendent les dirigeants de la mouvance islamo-fasciste, les responsables d’Al Qaeda ou du groupe Etat Islamique. Ils veulent pouvoir rassembler autour d’eux la communauté musulmane, traumatisée par l’amalgame avec les terroristes. Ils cherchent à prendre en otage et à victimiser l’ensemble des musulmans afin d’y puiser de nouvelles forces pour le djihad.

Tomber dans ce piège grossier aurait des conséquences incalculables qui se traduiraient à terme par une situation de guerre civile larvée à laquelle aspirent les islamophobes et les antisémites de tous bords.

L’islamo-fascisme est le produit d’une histoire qui lui est propre et qui évolue dans un contexte, comme n’importe quel courant politique. Ne pas vouloir l’analyser, c’est s’interdire de le comprendre et transformer la lutte politique nécessaire en une chasse au pervers démoniaque ou à l’arabo-musulman, terroriste par nature.

L’islamo-fascisme est la résultante du chaos géopolitique, engendré par la fin du bloc soviétique et la victoire de la mondialisation capitaliste. Cette dernière a conduit à des crises récurrentes, à un état de guerre permanent et à l’effacement progressif des Etats-nations sans légitimité face au déferlement de la déréglementation. La décomposition du nationalisme arabe, déjà fragilisé par des régimes corrompus et dictatoriaux, en a été accélérée.

Le successeur du nationalisme arabe

Depuis la révolution iranienne en 1979, l’islamisme radical a supplanté le nationalisme arabe. De fait, l’islam politique a représenté un espoir pour les nouvelles générations arabes qui voulaient se débarrasser de ces régimes ossifiés et de leur idéologie. Les interventions américaines en Irak et en Afghanistan, le conflit israélo-palestinien, et les printemps arabes ont fait le reste. La voie était ouverte à la constitution d’une mouvance qui, par ailleurs, trouve des financements et réseaux dans des régimes soutenus par l’Occident et se réclamant du wahhabisme ou du salafisme, tels l’Arabie saoudite ou les Emirats du Golfe.

L’autre terreau de l’islamo-fascisme est l’existence d’une jeunesse déboussolée en Europe. Dans Le Monde daté du 10 janvier 2015, le sociologue Farad Khosrokhavar faisait justement remarquer qu’on trouve des traits communs à tous les auteurs d’attentats similaires se réclamant, en France, de cette mouvance. La délinquance et l’emprisonnement, l’islamisation rapide à partir de gourous ou d’Internet, le voyage initiatique à l’étranger, caractérisent le parcours des jeunes djihadistes. Leur haine de la société est entretenue par l’assignation à résidence en banlieue, l’exclusion sociale, la précarité. Ce n’est pas les excuser que de constater ces faits. Si l’on veut détruire le djihadisme, il faut aussi assécher le marais qui nourrit la haine.

Face à une telle situation, il n’existe pas de solutions miracles.

Respecter l’état de droit

Mais, d’abord, il faut rejeter le climat de guerre déjà entretenu par la droite sarkozyste qui revient sur la guerre de civilisation. On a vu où ce concept a mené les Etats-Unis, en Irak, en Afghanistan ou sur leur propre territoire. Si l’objectif est de susciter un Patriot Act à la française en légiférant une fois de plus pour renforcer la « guerre au terrorisme », cela ne servira à rien d’autre qu’à attiser un climat de peur et de défiance contraire à la volonté d’apaisement des manifestants de ce week-end. Si au contraire, il s’agit de renforcer des mesures existantes qui n’ont pas fonctionné, dans le contrôle et la surveillance des réseaux, ou dans l’accompagnement social des quartiers populaires, nous appuierons une telle politique qui doit respecter l’état de droit, ADN de l’esprit français.

Le concept d’union nationale est également inadapté à la situation actuelle. La société n’a pas besoin d’unanimisme mais, au contraire, de débats. L’union nationale peut très vite devenir le cache-sexe à l’adoption de mesures d’exception ou au refus de tout débat politique sur la justification de l’entrée en guerre de la France sur de multiples fronts (Afrique de l’Ouest, Centrafrique, Syrie, Libye…).

L’union nationale n’a rien à voir avec le rassemblement populaire de la société contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie. Se rassembler pour l’espoir et la solidarité entre les peuples, dans l’esprit de Charlie, c’est-à-dire l’humour, l’ironie, la dérision, oui évidemment. Réunir les partis de gouvernement dans la défiance, la peur et le rejet, non, trois fois non.

Enfin, refuser la surenchère victimaire et lutter contre toutes les formes d’antisémitisme, d’islamophobie et de racisme, qu’elles viennent d’en haut ou d’en bas, est plus que jamais nécessaire.

Houellebecq, Zemmour, Le Pen…

Le jour de l’assaut contre Charlie, paraissait « Soumission » de Houellebecq, quelques semaines après « Le Suicide français », de Zemmour, entretenant le climat nauséabond instrumentalisé par le Front national. Son président d’honneur, Jean-Marie Le Pen, a parfaitement résumé le point de vue de cette mouvance, avec sa déclaration du 9 janvier, en pleine prise d’otages de l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes : « Je ne suis pas Charlie du tout, je suis Charlie Martel si vous voyez ce que je veux dire ! » Oui, nous voyons très bien où père, fille et petite-fille veulent en venir.

C’est pourquoi le gouvernement et les responsables à tous les niveaux de la société ont une responsabilité majeure en ce moment, celle de refuser tout ce qui favorise la division de la société. Nous le voyons avec la recrudescence des actes antisémites, comme des actes islamophobes.

En quelques jours des coups de feu sont tirés contre la mosquée d’Albi, des tags racistes sont peints sur les mosquées de Bayonne et de Poitiers, des grenades sont lancées contre une autre au Mans, des coups de feu sont tirés contre une salle de prière à Port-la-Nouvelle, une autre salle de prière est incendiée à Aix-les-Bains, une tête de sanglier et des viscères sont accrochés devant une salle de prières à Corte en Corse, un restaurant-snack-kebab est l’objet d’une explosion à Villefranche-sur-Saône, un automobiliste est la cible de coups de feu dans le Vaucluse…

Les amalgames entre Arabes et musulmans, musulmans et islamistes, islamistes et terroristes, encouragés par l’injonction constante des médias et d’une partie de la classe politique à la population musulmane de se désolidariser des éléments islamo-fascistes, risque de conduire à une situation ingérable. Quant aux juifs, ils ont déjà payé un lourd tribut. Depuis l’affaire Mehra et la tuerie du Musée juif de Belgique, ils comptent leurs morts et craignent pour leur vie, pour leurs lieux de culte et leurs écoles.

Juifs et musulmans, partie intégrante de notre histoire commune

A tous et chacun, saisis par la peur et l’effroi, nous devons inlassablement répéter que la France qui a défilé le 11 janvier ne serait pas la France sans les juifs et les musulmans, qu’ils font partie intégrante de notre histoire commune, qu’ils ont contribué à la bâtir et qu’ils en sont toujours les acteurs.

Mais nous devons aussi réorienter notre politique sociale. Nous avons abandonné à la marchandisation les quartiers populaires. Les éducateurs sociaux, les médiateurs, les associations, sont liquidés dans le même temps où tout est sacrifié à « l’entreprise ». L’éducation, l’emploi, les services publics, sont en déshérence tandis que la paupérisation et la précarité se généralisent, jetant dans le néant social des centaines de milliers de jeunes chaque année.

Qu’il n’y ait pas plus d’éléments tentés par l’islamo-fascisme est même étonnant. L’affairisme et le djihadisme se renforcent l’un l’autre. La crise identitaire est la fille du néo-libéralisme. Pour paraphraser ce que j’écrivais avec mon co-auteur, Patrick Farbiaz, il y a deux mois, à propos du livre de Zemmour, dans « Contre Zemmour : réponse au suicide français » (éditions Les Petits Matins) : La barbarie djihadiste est le miroir de notre impuissance.

Les temps sont à la solidarité et à la résistance. Nous ne devons laisser aucune partie de la société au bord du chemin et lutter contre tous les maitres et apprentis sorciers de la division, contre tous les marchands de haine qui enfantent les monstres. C’est sûr, Charlie, y a du boulot ! A nous d’être à la hauteur.

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Information

Cette entrée a été publiée le 20/01/2015 par dans Actualités des élus de la ville de Bondy.